Lézard ocellé (Timon lepidus)
Daudin, 1802
 
Ocellated Lizard
Perleidechse
Lagarto ocelado
Lucertola ocellata
Répartition
C'est la sous-espèce nominale (Lacerta lepida lepida) qui est présente en France. Le Lézard ocellé est fréquent le long de la côte méditerranéenne. A l'ouest il remonte jusqu'à la Charente-Maritime (Ile d'Oléron) et même au sud de la Vendée. Un individu adulte a été observé par P. Yesou (communication personnelle) au printemps 1984 en bordure Centre Est de la Forêt d'Olonne, au lieu-dit l'Allerie, commune d'Olonne sur Mer. Par contre la donnée de l'Atlas S.H.F. (1989) indiquée sur la carte de Luçon, à l'intérieur des terres est plus que douteuse. Elle mériterait une vérification sérieuse. A l'est, il remonte la vallée du Rhône jusqu'à Valence. Il est présent au sud du Massif central (Lozère) ; une femelle de 37 cm a été capturée dans le Cantal (à 8 km au sud d'Aurillac, à 580 m d'altitude) (Marty 1900). Cependant du fait du milieu et du climat de cette région Brugière (1986, 1987) pense à un sujet déplacé par l'homme. Cet auteur en 1987 a observé 4 Lézards ocellés au Sud Est du Cantal à Saint-Santin-De-Maurs. Grisser (communication personnelle) l'a découvert au Centre Est de la Dordogne il y a 3 ou 4 ans et revu en mai 1990 à Le Lardin Saint-Lazare et Les Farges. A part la bordure atlantique, il semble que ce Lézard soit absent du Bassin Aquitain. Il peut monter jusqu'à 1350 m d'altitude (Ewald, in Atlas SHF, 1989).
Taille - Poids
C'est le plus grand Lézard français et le plus grand des Lacertidés. Femelle : 40 cm dont 26 cm de queue. Mâle : 60 cm dont 40 cm de queue. Certains exemplaires peuvent atteindre 90 cm dans les Pyrénées Orientales (Fretey 1986). Les adultes pèsent de 130 à 180 g (Bruno 1986).
Coloration

Elle est variable selon l'âge. Le dos comporte de petites écailles perlées ; chez l'adulte, il est vert-brun, gris ou rougeâtre avec des taches jaune-vert et noir en rosettes ou en réseaux. Flancs verts ou jaunâtres avec des ocelles d'un bleu vif, sur 3 ou 4 rangs, d'où son nom. Ventre jaune ou blanc verdâtre. Les juvéniles ont le dos olivâtre, jaunâtre ou brunâtre avec des ocelles noirs, à centre blanc ou jaune, disposés en anneaux autour du corps. Chabanaud (1919) n'a pas relevé de différence de taille, de forme ou de couleur entre les individus oléronnais et ceux qui vivent sur la côte méditerranéenne. Le mélanisme est fréquent (Fretey 1986).

Dimorphisme sexuel
Les mâles sont plus grands avec une tête massive à bajoues importantes. A taille corporelle égale les mâles sont de 4 à 8 % plus lourds que les femelles (Busak et Visnaw 1989). Les ocelles bleus des mâles sont plus vifs et plus marqués.
Biotope
Il fréquente des milieux très ensoleillés : les terrains secs et broussailleux, les garrigues, les coteaux rocailleux, les dépressions alluvionnaires, le lit des cours d'eau et les champs cultivés (oliveraies, amanderaies, etc...). Aime les buissons épais à branches imbriquées. On le trouve aussi bien en plaine qu'en montagne.
Comportement
Le Lézard ocellé est relativement sédentaire. Dans la presqu'île du Cap-Ferret (Gironde) les Lézards ocellés, qui s'abritent sous des plaques de béton de pistes allemandes, ne s'éloignent qu'exceptionnellement de plus de 5 m de leur abri (Grisser, communication personnelle). Un jeune mâle d'un an suivi 2 années consécutives, a exploité un domaine vital d'environ 40 m2 ; tandis qu'un mâle adulte est resté dans une zone de 200 m2 environ pendant 15 jours (Bischoff et al. 1984). Principalement diurne, il se plaît au soleil. En mars et avril, l'essentiel de l'activité est consacré à la thermorégulation. En mai et juin, une part importante de l'activité est consacrée à des déplacements. En juillet et en août, il est actif en début de matinée et en fin d'après-midi (même au crépuscule), pendant les heures chaudes de la journée il reste à l'ombre ou dans un abri. En septembre, la thermorégulation constitue une grande partie de son activité (Bischoff et al. 1984). Les Lézards ocellés sont actifs en surface quand les températures ambiantes sont comprises entre 15,6 et 42 °C pour les adultes et entre 11,1 et 30 °C pour les sub-adultes. Pour des températures ambiantes de 18 à 25 °C, les températures cloacales de 7 adultes varient de 21,2 à 34,5 °C (Busack et Visnaw 1989). Très agile, c'est un puissant grimpeur de rochers. Farouche, lorsqu'il est dérangé, il s'enfuit très rapidement et bruyamment, le corps soulevé au-dessus du sol et la queue arquée vers le ciel, dans les fourrés, souches ou terriers qui lui servent d'abris. Il mord fortement lorsqu'il est attaqué et lâche difficilement prise.
Hivernage
L'hivernage dure d'octobre à mars (Cheylan 1984). Au sud de l'Espagne il hiverne de novembre à février (Busack et Visnaw 1989) et au sud-est il est actif toute l'année (Castilla et Bauwens 1989).
Nourriture
Le Lézard ocellé est un prédateur opportuniste qui est avant tout insectivore. Il chasse plutôt à l'affût, capturant tous les insectes passant à proximité de son abri. (crisser, communication personnelle). Les Coléoptères sont les mieux représentés dans le régime alimentaire, de 38 à 85 % selon les populations (Salvador 1985 ; Bischoff et al. 1984 ; Busack et Visnaw 1989). Secondairement, il capture des Gastéropodes, Isopodes, Myriapodes et Arachnides. Les Vertébrés sont rares : micro-Mammifères, oeufs d'Oiseaux, Reptiles (y compris les jeunes de sa propre espèce). La taille des proies varie avec la taille des Lézards de 3 à 100 mm. Occasionnellement, il peut manger des fruits et des graines. En Espagne (Alicante), les restes végétaux représentent 10 % du régime alimentaire (Escarré et Vericad 1981).
Reproduction

La maturité sexuelle est atteinte entre 2 ans et demi et 3 ans et demi, soit à une longueur corporelle de 140 mm (Cheylan 1984 ; Castilla et Castanet 1986). Les femelles sont matures à une longueur corporelle de 122 à 150 mm ; elles sont alors âgées de 32 à 33 mois en mai-juin (Castilla et Bauwens 1989). L'accouplement a lieu d'avril à mai, avec de violents combats de mâles. Le mâle maintient la femelle par la peau du dos, à l'aide de ses mâchoires. Le coït est rapide. La femelle fait une seule ponte annuelle, entre fin mai et début juillet. Dans le sud-est de l'Espagne il peut y avoir 2 pontes par an (Castilla et Mateo 1987 ; Castilla et Bauwens 1989). Les oeufs, au nombre de 5 à 24, sont déposés dans un trou de 7 à 9 cm de profondeur, creusé par la femelle (Bischoff et ai. 1984). Les dimensions des oeufs varient de 16 à 24 mm de long et de 11 à 14 mm de large. Au cours de l'incubation, les oeufs grossissent, probablement du fait de l'absorption d'eau (Castilla et Bauwens 1989). L'incubation est d'environ 3 mois. A une température de 25-29 °C, l'incubation a duré de 71 à 102 jours (Castilla et Mateo 1987). Au Zoorama de Chizé (79), à une température variant de 18 °C la nuit à 30 °C le jour, à 70-85 % d'hygrométrie, l'incubation a duré de 88 à 93 jours (B. Ragot, communication personnelle). L'éclosion a lieu entre août et octobre. L'émergence des jeunes dure de 2 à 4 jours. Les jeunes à la naissance mesurent à peu près 5 cm de longueur corporelle, de 3,9 à 4,6 cm selon Castilla et Bauwens (1989). La longueur totale varie de 10,5 à 12 cm et le poids de 2,1 à 2,5 g.

Croissance - Longévité
Dès la deuxième année, les mâles ont une taille supérieure à celle des femelles. Chez la femelle, la croissance staturale se stabilise vers 4 ans tandis que la croissance pondérale se poursuit jusque vers 8 ans (Bischoff et al. 1984). Dans la nature la longévité est de 10 à 11 ans (Cheylan 1984 ; Castilla et Castanet 1986). En captivité, le Lézard ocellé a vécu de 13 à 17 ans. Un mâle capturé adulte a vécu 15 ans au Zoorama de Chizé (79) et une femelle, elle aussi capturée adulte, est encore vivante après 14 ans de captivité.
Remarque
Cheylan (1984) a observé une forte proportion de Lézards ocellés avec une queue régénérée (22 cas sur 25 individus du sud de la France).
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Fiche tirée de l'ouvrage : "Les Lézards de France" de Guy Naulleau / Revue Française d'Aquariologie Herpétologie / 17ème année - n° 3 et 4 - 3ème et 4ème trimestre 1990
Que vous pouvez vous procurer auprès de la Revue Française d'Aquariologie et d'Herpétologie (R.F.A.H.) / Musée de Zoologie / 34, rue Sainte Catherine / 54000 NANCY
Société Herpétologique de France / S.H.F.